Mon combat pour les retraités civils et bénévoles de l'accident nucléaire de Chalk River

1297819387977_ORIGINAL.jpgLes employés retraités d'Énergie atomique du Canada Limité Noel Mirault, complètement à gauche, Al Donohue, au centre-gauche, et George Kiely, complètement à droite, accompagnent le Sénateur Céline Hervieux-Payette, au centre, et Martin Habraken après l'adoption de la motion du 22 mars 2016.

 Il y a deux ans déjà, j’ai accueilli à mon bureau quatre hommes valeureux ayant répondu sans hésitation suivant les deux incidents nucléaires survenus à Chalk River. Lors de notre rencontre, ils m’ont communiqué la triste réalité dans laquelle ils se retrouvent.  Pour peu dire, ces messieurs ont été victimes d’une grave discrimination par rapport à leur statut d’emploi.

D’abord, je tiens à expliquer les faits reliés aux incidents nucléaires qui ont mené à la discrimination de laquelle ces messieurs sont victimes.  

Il y a près de 64 ans, soit le 12 décembre 1952, le Canada était secoué par le premier incident nucléaire de son histoire. L’évènement survient à Chalk River dans les laboratoires de l’EACL sur les abords de la rivière Outaouais.

D’après l’enquête, une série d’erreurs dans la conception des parties mécaniques expliquerait pourquoi une explosion détruisant le réacteur nucléaire a été déclenchée.

Résultat : des milliers de particules de fission nucléaire ont été libérés dans l’atmosphère en plus d’un million de gallons d’eau contaminée par la radioactivité.

L’état d’urgence a été décrété. Les employés d’EACL et d’autre personnel du domaine civil sont les premiers répondants sur les lieux de l’incident. Ils seront les seuls sur les lieux contaminés pendant deux jours. Le personnel des Forces armées canadiennes et du ministère de la Défense nationale ne sont arrivés sur les lieux que le 14 décembre.

Pendant les travaux de décontamination de Chalk River en 1952, on dénombrait 862 employés de l’EACL dont 170 membres du personnel des Forces canadiennes, 150 membres du personnel de l’armée américaine et 20 employés de compagnies en construction.

6 ans plus tard, soit le 23 mai 1958, un deuxième incident nucléaire survient à Chalk River également en raison d’une défaillance mécanique. Plusieurs barres de combustion du réacteur ont surchauffé pour finalement se briser au cœur du réacteur. Lors des travaux de maintenance, l’une de ces barres a pris feu et s’est brisée.

Deux équipes de l’EACL interviennent rapidement sur les lieux pour récupérer la barre de combustion du réacteur et nettoyer les lieux contaminés par la radioactivité. Le personnel des Forces canadiennes et du ministère de la Défense nationale arrive sur les lieux, tenez-vous bien, 11 jours plus tard!

Inutile de mentionner que le personnel civil autant que militaire a été exposé à la radioactivité lors des travaux de décontamination de 1952 et  de1958.

Malgré cela les rapports internes de l’EACL, faisant suite aux deux incidents, n’ont pas aidé la cause de son personnel – qui ironiquement, a sauvé les meubles – puisqu’ [ET JE CITE] :

« qu’il n’avait pas de différences observables entre la mortalité du personnel qui a participé au processus de décontamination et mortalité de la population masculine de l’Ontario de l’époque TRADUCTION »

Permettez-moi de douter de cette conclusion de l’EACL. À mon avis, l’organisation n’a pas utilisé le bon élément comparatif. Elle aurait effectivement dû comparer la morbidité – et non la mortalité – du personnel avec celle du reste de la population masculine de l’Ontario. Selon le Petit Robert, la mortalité est « la  condition d’un être mortel » alors que la morbidité est décrite comme « l’ensemble des causes qui peuvent produire une maladie ». Il s’agit de deux termes tout à fait différents.

Dépendant de son intensité et de la période d’exposition, la radioactivité peut engendrer divers symptômes et maladies chroniques, jusqu’au décès. Cependant, il a été établi que la radioactivité lors des travaux de décontamination n’était point élevée, de plus, le personnel civil se relayait de façon à limiter la période d’exposition.

Suites aux travaux de décontamination, plusieurs employés de l’EACL ainsi que plusieurs membres des Forces canadiennes ont subi des préjudices graves quant à leur santé. Aux dires du représentent du groupe, monsieur Habraken, plusieurs de ces collègues et amis personnels ont développé de fréquents symptômes tels que la nausée et des maux de tête jusqu’aux cancers prématurés de toutes sortes.

Au fil des années et des décennies, plusieurs se sont plaints de ces préjudices corporels. Mais, il faudra attendre près de 55 ans pour qu’un gouvernement intervienne et implante un programme de compensation pour le personnel affecté par les effets de la radioactivité. Il s’agit du Programme de reconnaissance des « vétérans atomiques ».

En 2008, le gouvernement Harper a accordé à chacun des 200 vétérans des Forces canadiennes et membres du personnel civil du ministère de la Défense militaire une compensation de 24,000.00$ pour leur service exceptionnel pendant les travaux de décontamination de 1952 et 1958.

Je ne peux que conclure que le programme mis en place par le gouvernement de l’époque est incomplet et tout à fait discriminatoire à l’endroit des employés civils.

Aux États-Unis – un pays ravagé par des tueries et une culture des armes à feu du far west–, le Congrès a décidé de prendre le taureau par les cornes et a adopté la Radiation Exposure Act en 1990. Cette loi, qui prévoit un programme équivalent à celui mis sur pied par les conservateurs en 2008, comprend un droit à une large compensation en incluant le personnel non-militaire et autres civils qui ont été exposé aux radiations en dépit du fait qu’ils ne servent pas ou ne travaillent pas dans l’industrie nucléaire.

Faut-il rappeler que deux défaillances mécaniques ont provoqué les incidents de Chalk River et de ce fait ont forcé l’implication des employés civils de l’EACL dans les travaux de décontamination.

En outre, faut-il rappeler que les employés civils de l’EACL ont été les premiers répondants lors des deux incidents nucléaires de Chalk River. Sans leur présence, les incidents de Chalk River aurait été une plus grande catastrophe. Ils ont su limiter les dégâts et se retrouvent aujourd’hui exclu de la compensation de 24,000.00$ simplement en raison de leur statut d’emploi.

L’exposition aux radiations est un problème d’intérêt public sérieux non seulement pour nos concitoyennes et concitoyens, mais pour toute l’humanité. Nul ne peut négliger ou encore jouer à l’autruche lorsqu’il est question des préjudices subis en raison d’une exposition prolongée à la radioactivité. 

Les catastrophes nucléaires de Chernobyl et plus récemment de Fukashima nous ont rappelé les dangers que représente l’énergie nucléaire. Notons que les ingénieurs japonais étaient demeurés sur place pendant et après la catastrophe et que l’État a aussi indemnisé un travailleur civil qui a participé au nettoyage des lieux contaminés.

Des efforts doivent être mis en place pour assurer la compensation des 102 anciens employés de l’EACL qui ont répondu aux incidents de Chalk River. Ces employés se font de plus en plus vieillissants. Il est temps d’agir.

C’est pourquoi le 11 décembre 2015, j’ai décidé de déposer ma motion afin que le Gouvernement implante un programme similaire au Programme de reconnaissance des « vétérans atomiques » pour les employés et bénévoles civils  qui ont participé aux travaux de décontamination à Chalk River en 1952 et 1958.

Et c’est également pourquoi, le Sénat a accepté à l’unanimité ma motion le 22 mars dernier. C'est maintenant au tour du gouvernement d'agir et de s'assurer que justice soit rendue.