Partenariat transpacifique : ce que Stephen Harper ne vous a pas dit (partie 2 : le secteur automobile)

auto.jpegLe TPP conduit le secteur automobile canadien droit dans le mur

L’an dernier, le secteur de la construction automobile du Canada a exporté pour plus de 66 milliards de dollars de produits canadiens. Le secteur emploie aussi quelque 10 000 Canadiens. Pourtant, ce n’est pas suffisant, semble-t-il, pour que Stephen Harper en prenne la défense, puisqu’il a décidé de sacrifier ce secteur dans le cadre du Partenariat transpacifique (PTP). Pis encore, il ne nous dit pas tout (parce que ce sont de mauvaises nouvelles), ce qui n’aide pas les Canadiens à décider s’ils veulent ou non prendre part à cet accord. Il se contente plutôt de nous gratifier de demi-vérités et de nous jeter de la poudre aux yeux. Toutefois, avec un peu de travail assidu et le concours de quelques amis, j’ai réussi à brosser un tableau plus exact de l’affaire.

Dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (l’ALENA), les automobiles et les pièces d’automobiles doivent intégrer 65 % de contenu provenant des pays d’Amérique du Nord. Avec le PTP, cette proportion passe à 45 %, ce qui veut dire que, dès le départ, plus de la moitié du produit (55 %) pourrait être fabriqué à l’extérieur de la zone du PTP, dans des pays comme la Chine ou l’Inde. En fait, dans certains cas, les règles relatives au contenu du PTP descendent même jusqu’à 35 %. Pour couronner le tout, le Canada doit appliquer cette baisse de contenu nord-américain dans les cinq ans, alors que les États-Unis disposent de 20 ans. D’autres membres, comme la Malaisie ou le Vietnam, ont 12 ans pour appliquer les dispositions contenues dans l’accord relatives à l’automobile. Autrement dit, le secteur de la fabrication automobile du Canada sera le premier à ouvrir son marché aux importations étrangères sans avoir de nouvelles possibilités d’exportation, puisque tous les autres pays bénéficieront d’un plus long délai.

Quand on a commencé à soupçonner que ce n’était pas un accord avantageux pour le secteur de la fabrication automobile du Canada, Stephen Harper a promis de subventionner le secteur avec  1 milliard de dollars, soit l’équivalent de 1,5 % des exportations du secteur pour 2014 : de la petite bière. Mais le tour de passe-passe ne s’arrête pas là. Ce ne sont pas de nouveaux dollars : en réalité, le gouvernement a recyclé un programme qui existait déjà sans injecter de nouveaux fonds ou de nouvelles ressources, un programme qui servait déjà à appuyer le secteur. Qui plus est, la façon dont l’argent sera versé sur les 10 prochaines années ne suivra même pas le rythme de l’inflation, ce qui veut dire que les fonds se tariront sans véritablement soutenir le secteur.

C’est pourquoi j’ai appelé à un examen parlementaire indépendant du gouvernement et du Ministère des affaires étrangères par le Directeur parlementaire du budget. Cela permettrait aux Canadiens de connaître et de comprendre les véritables enjeux. Se fier aux annonces de Stephen Harper alors qu’il est en campagne électorale n’est ni sage ni prudent. Selon toute vraisemblance, nous ne connaîtrons pas avant les élections tout ce que renferme le PTP. Mais au fur et à mesure que les détails émergent et sont compilés, il apparaît de plus en plus urgent de prendre connaissance du texte complet avant le 19 octobre.