Partenariat Transpacifique : ce que Stephen Harper ne vous a pas dit (partie 1 : l’agriculture)

Pays ptp.PNGEn annonçant l’accord de libre-échange sur le Partenariat transpacifique (PTP) le 5 octobre dernier, Stephen Harper n’a pas dit toute la vérité. En fait, comme il en a l’habitude, il a caché la réalité aux Canadiens. Je m’engage donc, dans une série de trois articles, dont celui-ci est le premier, à rétablir les faits.

S’il est vrai que 3,25% du marché des produits laitiers sera ouvert à la concurrence d’ici cinq ans, la réalité est que le marché s’ouvrira de 18,25%. En effet, Stephen Harper n’a pas précisé qu’après ces cinq premières années, le secteur sera ouvert de 1% supplémentaire par an durant les 13 prochaines années. Il n’a pas dit non plus que cela s’ajoute aux 2% accordés à l’Union Européenne dans l’accord de libre-échange Canada-Europe. Le Canada va donc bel et bien ouvrir son marché des produits laitiers non pas de 3,25% comme annoncé mais de 18,25% ce qui devrait signer l’arrêt de mort de notre système de gestion de l’offre.

Pour contrecarrer les pertes de nos fermiers, que les conservateurs anticipent déjà, Stephen Harper a proposé de les subventionner à hauteur de 4,3 milliards de dollars à même l’argent des contribuables. Or, non seulement ce programme de subventions était déjà prévu dans l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe – les conservateurs ne font là que recycler une vieille annonce – mais en plus ce n’est pas 4,3 milliards qui ira dans les poches des agriculteurs. Étrangement, Stephen Harper a oublié de dire que 1,5 milliard de ce fonds servira à compenser les banques qui pourraient subir des pertes face à la dépréciation de la valeur des quotas laitiers. Ainsi, le solde de 2,8 milliards $ qui devra être dépensé sur 15 ans (!) apparait bien maigre pour compenser les agriculteurs. L’Union des producteurs agricoles du Québec estime d’ailleurs, selon ses premiers calculs, qu’un tel fonds ne devrait couvrir que 50% des pertes.

Ensuite, Stephen Harper n’a pas parlé du risque de voir chuter la qualité de nos produits. En effet, actuellement, nos fermiers qui produisent le lait fournissent également l’industrie laitière en produits dérivés du lait qui entrent dans la fabrication du beurre, du yaourt, du fromage, etc.  Or l’ouverture du marché à des pays dont les fermiers, fortement subventionnés par leurs gouvernements, utilisent des hormones dans l’élevage bovin, amènera inéluctablement l’industrie laitière à s’approvisionner auprès de cette filière aux produits moins chers. Avec Stephen Harper, nous devons être prêts à manger des hormones.

Enfin les secteurs des œufs et de la volaille seront également touchés. Au Canada l’industrie des œufs a un rôle méconnu mais essentiel pour la santé publique. En effet, un certain type d’œufs, produit au Manitoba, n’est pas destiné à la consommation alimentaire mais à la fabrication de vaccins, notamment celui utilisé contre la grippe aviaire, ce fameux virus H1N1 qui a provoqué, il y a quelques années, une crise sanitaire mondiale. Si le Canada a su produire la quantité de vaccins nécessaire, c’est grâce à notre industrie des œufs. Or, la survie de cette industrie dépend de la gestion de l’offre, elle-même menacée par le PTP.

Stephen Harper ne dit pas tout. Il souhaite avant tout gagner les élections. Et lorsque la gestion de l’offre sera morte, pendant combien de temps nos agriculteurs dépendront-ils des subventions d’un gouvernement qui ne pense qu’à couper pour équilibrer son budget ?